
ZAZIE GRASSET
Zazie grasset est plasticienne et technicienne sonore. Elle vit à Marseille. Dans son travail, elle met en scène des gestes discrets et invite à écouter la lenteur. Elle pratique le bricolage empirique, cultive le non-savant et la saveur. Elle tâtonne pour trouver l’entrée des sous-terrains, et creuse pour explorer les possibilités imaginatives de ce qu’elle ne perçoit pas.
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Cet été, a arpenté le site de Platé pour écouter la montagne : ses creux, ses vents, ses silences habités.
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Durant trois semaines, elle s’installera au Refuge de Platé , intégrera l'équipe de Romain Bonnet, perché à 2032 mètres d’altitude, pour créer in situ une œuvre inédite, inspirée par l’environnement alpin, les conditions extrêmes et les échanges avec les usagers du refuge.
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À partir de sons glanés, de récits entendus et de gestes vus, elle proposera une bande originale pour le territoire - une pièce sonore qui, sans images, convoque un cinéma intérieur où pierres, insectes et promeneur·euses deviennent les personnages.
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Voici le récit de l’expérience de l’artiste :
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« Tout au long de la montée vers le refuge, j’entends le vrombissement continu de la ville en contrebas. Je grimpe la façade raide ; les roches s’incurvent autour de moi, le cri des oiseaux résonne et ressemble à des alarmes qui se répondent. J’entends au loin un troupeau de moutons, leurs bêlements et le tintement des cloches. La fin du chemin approche. J’arrive sur le plateau. Alors, la rumeur de la ville s’éteint et laisse place au silence. C’est un autre espace sonore. Chaque bruit se détache nettement du fond vide, chaque bruit a son double qui lui répond. Ce qui est lointain me paraît proche. Je distingue le refuge au loin, entouré par la brume. J’entends ce que je ne vois pas. Devant le bâtiment, des bouquetins se heurtent ; le choc de leurs cornes résonne à travers tout le plateau. Avec mon enregistreur, je veux capter l’ambiance sonore si particulière de ce lieu. Je récupère du bois pour me fabriquer une perche, j’y accroche mes micros et je pars arpenter les alentours à la
recherche de sons. Chaque jour, je fais différentes balades d’écoute et de captations. J’enregistre les oiseaux, les insectes – bourdons, abeilles, mouches, fourmis. Les animaux que l’on entend le plus sont les marmottes ; je reste parfois longtemps immobile pour pouvoir les observer.
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Pendant ma résidence, je suis accueillie par l’équipe qui garde le refuge. Je partage leur quotidien. Je les aide à la cuisine, là où ils passent la majorité de leur temps. Chaque jour, des repas sont servis aux promeneurs ; le chalet est toujours animé. J’enregistre l’ambiance du refuge : les conversations, les bruits de cuisine, les voix des gardiens au travail. Je leur fais écouter mes enregistrements et je leur propose parfois de capter à ma place.
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Certains moments de la vie au refuge m’ont particulièrement marquée : l’arrivée de l’hélicoptère qui livre les stocks de nourriture ; la balade où l’une des aides-gardiennes a accepté que j’enregistre son chant ; ou encore l’orage d’un soir, quand le ciel grondait et semblait se fissurer.
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Ici, tout paraît plus intense qu’en bas. Lors de mes marches en montagne, je rencontre beaucoup de promeneurs, intrigués par mon dispositif de captation sonore. Cela ouvre des discussions sur leur perception de la montagne et leurs impressions auditives. Parfois, j’entends la montagne craquer au loin, des roches qui tombent.
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Et puis, il y a les avions : leur présence, que je remarque surtout à travers mes enregistrements, devient frappante.
La nuit, je me lève pour écouter dehors. Le silence est tel que ce que j’entends le plus clairement, c’est l’intérieur de ma propre tête. Parfois, une brebis ou une cloche vient rompre cette quiétude.
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De cette résidence, je retiens l’ambiance sonore si singulière du plateau : l’importance du silence, qui met en relief chaque bruit animal ; mais aussi la vie du refuge, loin d’être silencieuse, et le passage de tous ces promeneurs qui, au fil du temps, laissent leur empreinte sur la montagne.
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J’ai en tête, pour l’exposition qui aura lieu l’été prochain, de restituer cette expérience par une installation sonore investissant le lieu de la CREMERIE. Cette année sera consacrée à la préparation de cette exposition et à la composition d’une pièce sonore autonome, dont certains éléments viendront se retrouver dans l’installation. »



